Le blog de la section Sorbonne

La France et l’OTAN

7 avril, 2008 · Pas de commentaire

Les symboles comptent. En politique comme ailleurs, on ne les malmène pas sans risque. Depuis 1966, la France ne fait plus partie du commandement intégré de l’OTAN (l’Organisation du traité de l’Atlantique nord) tout en étant restée membre de l’alliance politique constituée autour des Etats-Unis pour faire face à l’URSS durant la guerre froide. De Gaulle a jugé, il y a quarante-deux ans, que le maintien de la France dans une structure militaire dominée par Washington était une atteinte à la souveraineté nationale. Depuis, cette posture d’allié de l’Amérique pas tout à fait comme les autres est l’un des marqueurs de l’identité française en politique étrangère. Un symbole, en somme, un des éléments du consensus national. C’est à ce symbole-là que M. Sarkozy s’apprêterait à porter atteinte.

Le chef de l’Etat l’a redit jeudi 3 avril à l’issue du sommet de l’OTAN réuni à Bucarest : Paris envisage de réintégrer, en 2009, le commandement militaire de l’Alliance. En France, à gauche comme à droite, certains y voient un crime d’”alignement bushiste”, le retour à un statut de vassal des Etats-Unis ; ils stigmatisent la trahison d’un héritage gaulliste jamais encore remis en cause.

La réalité est plus complexe. D’une part, c’est le président Jacques Chirac qui, le premier depuis de Gaulle, caressa en 1995 l’idée d’un retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN. D’autre part, des officiers français participent en permanence ou presque à tous les commandements intégrés ad hoc mis sur pied par l’OTAN pour assurer différentes missions depuis la fin de la guerre froide. Justement, dira-t-on, quel intérêt à vouloir officialiser un retour plein et entier dans l’OTAN ? Quelle raison supérieure peut justifier un renoncement à une posture politique - membre de l’OTAN, mais pas à part entière - qui a façonné la singularité de la France sur la scène internationale ?

MM. Chirac et Sarkozy partagent cette conviction : l’Europe ne jouera un rôle dans le monde que si elle se dote d’une politique de défense. Problème : les partenaires européens de la France restent attachés à l’OTAN. Ils veulent être assurés que l’Europe de la défense ne se fera pas contre l’OTAN. C’est aussi la position sourcilleuse de Washington.

Sur la défense, les Européens ne suivront la France que si elle cesse de manifester sa défiance à l’égard de l’Alliance. D’où l’idée de leur donner un gage en rejoignant le commandement intégré, dès lors que les Etats-Unis ne s’opposeront plus à une Europe de la défense coexistant avec l’OTAN. George Bush a prononcé à Bucarest un discours en ce sens. Avant de revenir sur la décision de 1966, M. Sarkozy devra obtenir de vraies garanties américaines, des gestes, pas seulement un discours. Et soumettre ce changement de cap au Parlement.
Article paru dans l’édition du Monde, du 05.04.08. (Edito)

Catégories : Actualité internationale · France
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