Les symboles comptent. En politique comme ailleurs, on ne les malmène pas sans risque. Depuis 1966, la France ne fait plus partie du commandement intégré de l’OTAN (l’Organisation du traité de l’Atlantique nord) tout en étant restée membre de l’alliance politique constituée autour des Etats-Unis pour faire face à l’URSS durant la guerre froide. De Gaulle a jugé, il y a quarante-deux ans, que le maintien de la France dans une structure militaire dominée par Washington était une atteinte à la souveraineté nationale. Depuis, cette posture d’allié de l’Amérique pas tout à fait comme les autres est l’un des marqueurs de l’identité française en politique étrangère. Un symbole, en somme, un des éléments du consensus national. C’est à ce symbole-là que M. Sarkozy s’apprêterait à porter atteinte.
Le chef de l’Etat l’a redit jeudi 3 avril à l’issue du sommet de l’OTAN réuni à Bucarest : Paris envisage de réintégrer, en 2009, le commandement militaire de l’Alliance. En France, à gauche comme à droite, certains y voient un crime d’”alignement bushiste”, le retour à un statut de vassal des Etats-Unis ; ils stigmatisent la trahison d’un héritage gaulliste jamais encore remis en cause.
La réalité est plus complexe. D’une part, c’est le président Jacques Chirac qui, le premier depuis de Gaulle, caressa en 1995 l’idée d’un retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN. D’autre part, des officiers français participent en permanence ou presque à tous les commandements intégrés ad hoc mis sur pied par l’OTAN pour assurer différentes missions depuis la fin de la guerre froide. Justement, dira-t-on, quel intérêt à vouloir officialiser un retour plein et entier dans l’OTAN ? Quelle raison supérieure peut justifier un renoncement à une posture politique – membre de l’OTAN, mais pas à part entière – qui a façonné la singularité de la France sur la scène internationale ?
MM. Chirac et Sarkozy partagent cette conviction : l’Europe ne jouera un rôle dans le monde que si elle se dote d’une politique de défense. Problème : les partenaires européens de la France restent attachés à l’OTAN. Ils veulent être assurés que l’Europe de la défense ne se fera pas contre l’OTAN. C’est aussi la position sourcilleuse de Washington.
Sur la défense, les Européens ne suivront la France que si elle cesse de manifester sa défiance à l’égard de l’Alliance. D’où l’idée de leur donner un gage en rejoignant le commandement intégré, dès lors que les Etats-Unis ne s’opposeront plus à une Europe de la défense coexistant avec l’OTAN. George Bush a prononcé à Bucarest un discours en ce sens. Avant de revenir sur la décision de 1966, M. Sarkozy devra obtenir de vraies garanties américaines, des gestes, pas seulement un discours. Et soumettre ce changement de cap au Parlement.
Article paru dans l’édition du Monde, du 05.04.08. (Edito)
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Deux jours après les résultats des élections municipales on ne peut que se réjouir de la progression significative de la gauche au niveau national (Toulouse, Metz, Evreux, Strasbourg, etc.). De bon augure pour les élections sénatoriales ? En tout cas révélateur d’un ancrage local que construisent le PS et la gauche.
Plus près de nous, la reconduction de Bertrand Delanoë est une victoire. Reste le cinquième arrondissement. Grâce à une campagne très active et constructive nous ne sommes jamais passés aussi près de la victoire avec Lyne Cohen-Solal. Jusqu’à croire qu’elle était acquise pendant la soirée des résultats, cruelle désillusion.
Saluons tous ceux qui ont participé à cet espoir, dans la rue, sur internet, aux tribunes etc.
Et maintenant ? Après deux grandes périodes d’élections (présidentielles, législatives 2007 et municipales 2008). Le PS va se retrouver face à lui-même et surtout face à sa nécessaire refondation après le congrès.
Il y a quelques mois, au lendemain des présidentielles et législatives, j’ai vivement craint l’absence de refonte du PS avant les municipales. Cela n’a pas eu lieu et pourtant cela n’a pas empêché le succès que l’on sait.
Si je devais tirer un enseignement de cela c’est que le PS et la gauche réussissent quand ils sont unis derrière des projets. C’était pourtant l’évidence.
Pour refonder, on doit sûrement s’attacher à la façon de faire de la politique par l’introduction de méthodes nouvelles (on pense notamment aux débats participatifs organisés par Ségolène Royal) mais cela doit aussi passer par le rassemblement autour d’un projet clair qui n’ignore aucun des courants. Qui peut réellement penser que le PS de demain pourra se faire sans tenir compte d’un Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn etc. ? En dehors des affinités de chacun, ce rassemblement doit se faire autour d’idées pour un projet clair.
Ce dernier devra permettre de faire du PS ce que Julien Dray nomme « la colonne vertébrale de la gauche ». Le Modem comme il l’a expérimenté à Paris, doit s’y faire, ce sera à lui de rejoindre notre projet s’il le souhaite et non à nous d’aller le chercher. Or, ce projet, qui sera fédérateur, demandera de l’énergie et du temps. Vitesse n’est pas précipitation et hier comme aujourd’hui ce que nous apprennent ces élections c’est peut être qu’il était, et qu’il est, urgent d’attendre.
Maintenant nous devons donc construire ce projet. Dans ce contexte les Sections Universitaires ont pleinement leur rôle à jouer. Le modèle des sections d’entreprises sur lequel elles reposent, nous permet, d’une part un mélange social plus important que dans les sections locales dépendantes de la mixité sociale du lieu où elles sont implantées et d’autre part d’être moins assujetties aux clivages locaux.
Les Sections Sorbonne, ENS et Science Po, porteuses d’un modèle de section minoritaire, sont donc une chance pour le PS dans cette refondation. L’alliance de Grandes Ecoles et d’Universités doit être vue comme une chance unique. Des Forums aux groupes de travail en passant par le journal des Sections Universitaires « Allons voir si la Rose », cette mixité au sens large (intellectuelle, sociale, culturelle) est un atout indéniable qui fait notre attrait et notre force. Cela implique que nous agissions ensemble mais aussi que nous cultivions nos différences.
Ainsi la Section Sorbonne doit continuer dans sa voie. Après une naissance fin 2006 dans un contexte d’élections dans lequel elle a été très active, elle a du renouveler son bureau fin 2007. Bien sûr elle a subi une certaine désaffection comme le reste du PS suite aux élections. Cependant les renouvellements de cartes ont été, en proportion, plus nombreux que dans le reste du PS. La section a su attirer de nouvelles personnes qui souvent ont pris « leur carte » pour la première fois et l’on ne peut que s’en réjouir. En 2008, nous continuerons à progresser dans nos propositions et il sera primordial de renforcer la visibilité de notre action. L’éventualité de nouvelles élections du bureau suite au congrès doit aboutir à appuyer cette démarche. En attendant, nous continuerons à agir et nous devrons nous développer, passer les difficultés passagères, non pas pour notre égo, mais pour demain.
Jean-Baptiste REYNAUD
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